L’hydrogène: nouvelle essence ??? 1/2

"L'eau est le charbon de l'avenir..."JULES VERNE,  L'île mystérieuse  (1873) [1/2]


 La nouvelle a fait la une de tous les médias Islandais sans que personne, en France, y prête vraiment attention. Face au réchauffement climatique, l'Islande a décidé de renoncer à l'économie basée sur les énergies fossiles - le charbon, le pétrole et le gaz naturel - pour passer à une autre dont la clé sera ce gaz issu d'une source inépuisable, l'eau, le plus abondant de tous les éléments présents dans l'univers. Constituant principal des étoiles avec l'hélium, l'hydrogène est le plus énergétique des carburants connus. Ses utilisations sont innombrables et vont de la production d'électricité au remplacement de tous les hydrocarbures. Gaz propre, il brûle dans l'air sans engendrer d'agents polluants en se combinant avec l'oxygène pour former à nouveau de l'eau. Cette eau retourne aux fleuves, aux lacs, aux océans et redevient source d'hydrogène, s'intégrant ainsi au cycle naturel de la biosphère. Les premiers pas d'une révolution. Le remède au réchauffement de la planète. Le plus grand défi environnemental du XXIème siècle.

Si tout cela a un air de science fiction, l'idée pourtant est loin d'être nouvelle. C'est en 1834, qu'un juge du Pays de Galles, inventeur et physicien, sir William Robert Grove (1811-1896), effectua les premiers travaux sur la "pile à combustible", mais elle ne fournissait pas assez d'énergie pour être exploitable. Jules Verne, en 1873, dans son roman L'île mystérieuse prédisait que l'hydrogène serait le carburant de l'avenir. En 1953, les travaux du Britannique Francis T. Bacon, parent du peintre Francis Bacon aboutirent au prototype moderne de la pile à hydrogène qui allait être employé lors des missions américaines Apollo...

Hermann Kuipers : "L'âge du pétrole est révolu. Il va faire place à l'ère de l'hydrogène. Toutes les autres technologies envisagées pour remplacer les carburants fossiles ne sont que des solutions intermédiaires. La transition empruntera de multiples voies mais le carburant du futur est, sans conteste possible, l'hydrogène pur. "

 Venant d'un écologiste, le propos passerait pour une utopie. Mais Hermann Kuipers n'est pas un défenseur de l'environnement. C'est un homme de l'or noir. Et en tant que président de la division hydrogène de la Shell, le géant des hydrocarbures, sa conviction reflète un changement radical dans la philosophie des world companies. Toutes les entreprises, Shell, donc, mais aussi Exxon, BP, TotalFinalElf et aussi les constructeurs automobiles, Ford, Daimler Benz, Renault, PSA, Toyota, BMW, Honda, Nissan, General Motors et encore les producteurs d'électricité se sont lancés dans la course à l' "or H " et couvent l'Islande comme un trésor. C'est que dotée d'un important réseau de cours d'eaux et de sources chaudes, cette île volcanique grande comme un tiers de la France réunit les conditions idéales pour entamer cette révolution une population peu nombreuse (285 000 habitants), un niveau technologique élevé, une industrie hydroélectrique et géothermique qui produit 99,9 % de l'électricité et permet d'obtenir, avec 15 centimes le kilowatt, le plus faible coût du monde. Or paradoxalement, cette manne contribue largement à la pollution du pays. Elle en a fait le terrain de prédilection des industries lourdes. Et sur le plan écologique, elle a placé depuis longtemps l'Islande au banc des accusés.


L'hydrogène en Islande...

Proportionnellement au nombre d'habitant, l' Islande est un des plus gros émetteurs de CO2 de la planète. Les importations de pétrole s'élèvent à 850 000 tonnes par an, dont près des deux tiers alimentent les transports et les nombreux bateaux de pêche. Une facture de 1,2 milliard de francs, qui pèse lourdement dans la balance commerciale. Autant de raisons pour passer à l'hydrogène... L'Islande est une Europe en miniature. Un terrain d'essai grandeur nature pour prendre le contrôle futur de l'économie mondiale.

Voici le plan prévu pour aboutir au "zero pollution"...

Lors de la phase 1, qui prendra fin en décembre 2002 et dont le coût est estimé a 60 millions de francs, trois autobus équipés de piles à combustible seront mis en service a Reykjavik.

En phase 2, la flotte des cent bus de la capitale et peut-être une partie de ceux des autres villes sera remplacée par des véhicules " zéro pollution ". Cette opération, qui reviendra à 390 millions de francs, a reçu au printemps dernier 30 millions de francs de la Communauté européenne.

La phase 3, en 2004, verra l'introduction des premières voitures à hydrogène.

La phase 4 sera consacrée à l'étude expérimentale des moteurs à pile à combustible alimentés en hydrogène sur les bateaux de pêche.

La phase 5, enfin, entamera le remplacement progressif des moteurs de la flotte. En éliminant largement ces deux sources de gaz à effet de serre, l'Islande aura alors réduit d'au moins 40 % ses émissions toxiques. Resteront les usines qui seront converties avant 2030, créant ainsi une chaîne d'énergie dans laquelle, de la production à la consommation, aucun gaz polluant ne sera émis.

Produit dans des usines, l'hydrogène sera transporté au moyen de gazoducs souterrains. Un passage au tout H conduira à enterrer dans le sol la plupart des canalisations et contribuera, par conséquent, à une amélioration de l'environnement visuel. Un paysage sans poteaux hideux ni lignes à haute tension. La fin des villes asphyxiées par les fumées des usines et les émanations des pots d'échappement. Un retour, enfin, à une société humainement respirable.

Pour Bragi Arnason, professeur de chimie de l'Université d'Islande que tous les journaux ont surnommé " professeur Hydrogène ", pas de doute : l'hydrogène est le carburant de l'avenir :

" L'hydrogène pourra être brûlé sous forme de gaz de ville au seul prix d'une simple modification des brûleurs. Il pourra être employé dans l'industrie où ses applications sont innombrables. En contribuant à la réduction directe du minerai de fer, il permet par exemple, comme c'est déjà le cas pour des centrales américaines et mexicaines, de se passer de charbon ou de coke et de créer ainsi des aciéries "propres". Consommable directement sous forme de carburant dans les moteurs, il équivaut également l'essence, le gazole ou le GPL. Mais plus important encore, on pourra engendrer de l'énergie avec un meilleur rendement en utilisant des piles à combustible. Disposant d'une large gamme de puissances, les industriels et les particuliers auront la possibilité de produire eux-mêmes l'électricité propre à alimenter leurs entreprises et leurs habitations..."

" Lorsqu'il est comprimé et refroidi à -253 °C, autrement dit conservé à l'état liquide, explique-t-il, sa puissance est deux fois et demie supérieure à celle de l'essence et tous les moteurs à combustion peuvent le brûler. Le passage à l'hydrogène permettra de doubler pratiquement le rayon d'action de tous les avions pour un même poids de carburant embarqué. Il peut, de même, alimenter les véhicules de transports en commun, les automobiles, les bateaux, et de façon générale, tous les moteurs."

Toutefois, pour ces applications, il est préférable d'avoir recours aux piles à combustible. Alimentés en hydrogène, ces générateurs modernes produisent de l'électricité à partir de la simple réaction avec l'oxygène de l'air.


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